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Dombast

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À qui profite ?

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Difficile d’échapper à l’obligation de se pencher sur les conditions de l’attentat perpétré hier soir en lisière de Moscou, dans un complexe de salles de spectacles situé sur le troisième anneau périphérique autoroutier de la capitale russe. Pour tout Moscovite de naissance ou d’adoption, un parallèle s’établit spontanément avec l’affaire du théâtre Doubrovka, fameuse prise d’otages connue sous le nom de la comédie musicale qui s’y jouait alors : « Nord-Ost ». En dehors de quelques attentats dont un retentissant à l’aéroport de Domodiedovo (24/01/2011), rien d’aussi sanglant et spectaculaire ne s’est produit dans la capitale russe depuis plus de vingt ans.

Nord-Ost avait mobilisé une quarantaine de militants tchétchènes dont des femmes dotées de ceintures d’explosifs. Les terroristes avaient pris en otages 912 spectateurs du 23 au 26 octobre 2002. La police avait asphyxié les attaquants en même temps que les otages. Le nombre impressionnant des victimes est le seul point de comparaison entre Crocus hier et Nord-Ost voici 22 ans. La prise d’otages était censée imposer le retrait de l’armée russe de Tchétchénie, les candidates au suicide imploraient des tractations, un armistice. Tandis qu’à Crocus, on a attaqué pour tuer et rien de plus. Ce n’est en rien comparable. On ne discerne ici aucun motif rationnel. Le seul sens à donner aux événements d'hier est la volonté de venger le sang des musulmans victimes des aventures militaires russes. Lesquelles ont été nombreuses depuis la fin du XVI ème siècle. Et c’est donc la raison fourre tout invoquée par le groupe qui revendique.

Cette revendication claire au nom de l’État Islamique a l’avantage de l’évidence sans rien prouver sur l’identité ou la réalité des objectifs des commanditaires. « Daesh » n’est depuis longtemps plus une organisation centralisée ; c’est une nébuleuse de groupes autonomes qui peuvent aisément se prêter à des infiltrations et manipulations. L’attentat de Kerman (Iran) en début d’année a clairement montré que le motif de la haine et vengeance était l’expression de l’absence de perspectives politiques concrètes, absence de puissance militaire démontrée par la faiblesse des moyens logistiques. À Moscou aussi, la dépense est minime, on emploie des mercenaires plutôt que des militants. On les laisse opérer seuls, sans outils ni relais pour une retraite.

Bien qu’on ne les couvre pas, on leur laisse une porte de sortie. Contrairement aux militants fanatiques couverts d’explosifs, ceux-ci se laissent prendre, désarmés, dans une voiture dont ils n’ont pas compris qu’elle pouvait être identifiée. Des meurtriers qui ont tué sans ciller, oui, mais amateurs, presque plus des braqueurs ! Venus pour gagner mille euros environ ! Ça n’est pas très sérieux. Démonstration indigente de leurs mentors !

À qui profite le crime ? Difficile à comprendre puisqu’il ne peut déboucher sur aucun résultat concret. Sinon à administrer la preuve que la Russie n’est pas en sécurité, que donc la multitude de ses policiers est inopérante. Que la masse des surveillants a beau enfler, les prisons se remplir de mal-pensants, des individus peuvent surgir et mitrailler à tout va, des drones peuvent survoler un million de kilomètres carrés. La Russie de Poutine est semblable à celle des derniers Romanov : on ne cesse de recruter des gardes, des agents secrets, des militaires, mais on ne parvient pas à empêcher les attentats terroristes ; on ne parvient pas à gagner les guerres que l’on déclare alors que le pays tout-entier est changé un camp militaire. Comme le précise un blogueur ce matin : « pays changé en une caserne cauchemardesque dirigée par des psychopathes qui inoculent leur psychose dans la société, faisant de celle-ci la source de sa propre violence et son terrorisme ».

Hier soir à 21 heures environ, nous lisions les questions judicieuses d’un billet du juriste Vladimir Pastoukhov auquel nous avons souvent fait référence :

« Je ne suis prêt, ni à des interprétations hâtives, qui ne peuvent être que des suppositions dans le marc de café, ni à des conclusions prématurées, qui ne dépasseront jamais la zone du "Captain Obvious". Jusqu'à présent, ce qui m'intrigue le plus, c'est la ligne qui relie les avertissements des ambassades occidentales sur la forte probabilité d'un tel attentat terroriste à Moscou à l'attentat terroriste lui-même.

  1. De quel type d'informations les services de renseignement de l'OTAN disposaient-ils ?

  2. S'agissait-il d'informations qu'ils avaient eux-mêmes reçues des services de renseignement russes ou d'informations provenant de leurs propres sources ?

  3. S'il s'agit d'informations provenant de leurs propres sources, ont-elles été transmises par les services de renseignement occidentaux aux services de renseignement russes et dans quelle mesure ?

  4. Si les services de sécurité russes ont reçu des informations sur l'attentat terroriste, pourquoi, dans un pays où le contrôle des citoyens est total, trois semaines n'ont-elles pas suffi à l'empêcher (à moins que les services de sécurité russes n'aient pas vraiment eu l'intention de l'empêcher) ?

En dehors de ces questions, je peux partager une observation : si, à l’issue de cet événement, le moratoire sur la peine de mort est levé en Russie, l'attaque terroriste sera effectivement perçue comme une provocation mise en scène par les autorités. » (Traduit par Divide)