Les Iraniens ont été appelés aux urnes avec insistance ces derniers jours. Pour renouveler le parlement (Majles) ainsi que le Conseil des experts qui est une sorte de sénat clérical élu pour 8 ans, chargé de contrôler, orienter et surtout conforter les décisions du Guide de la Révolution, chef suprême nommé à vie. L’Iran est une fausse démocratie et une vraie théocratie militarisée.
Cette année, il apparaît déjà que la population ne va, une fois de plus, pas participer. Pour marquer son désaccord avec une présélection des candidats qui ne reflète nullement les réalités sociales et l’état d’esprit de la nation. Ce n’est pas la première fois que les Iraniens boycottent un scrutin, mais par le passé la faible participation fut toujours une surprise pour les autorités comme pour les factions rivales, plus ou moins conservatrices ou rénovatrices. Cette fois-ci, personne ne doute que peu de gens se rendent aux urnes. Les journaux l’ont même annoncé alors que, comme par hasard, on a interdit aux instituts de sondage et aux sociologues universitaires d’enquêter de poser ne serait-ce qu’une question banale comme : "Allez-vous aller voter ? Avez-vous des souhaits, doléances et espérances ? »
Les élections parlementaires et présidentielles précédentes avaient déjà fait apparaître les taux de participation les plus bas de l'histoire du régime, inférieurs à 40 % (officiellement 42%). Ce vendredi, on s'est attendu à ce que les électeurs soient encore moins nombreux à se rendre aux urnes. On évoque samedi le chiffre de 38,5%, qui est sans doute corrigé à la hausse car les estimations réalistes sont de 36% maximum. Le taux de participation aux élections iraniennes aura été si alarmant qu’il est bien possible que les autorités soient obligées de mentir sur le nombre de suffrages exprimés et de heurter les consciences en s’écartant de la tradition de décompte honnête des bulletins (c’était toujours sans danger puisque les candidats sont sélectionnés rigoureusement). Un bon indicateur du dégoût est fourni par un ténor réformateur d'importance exceptionnelle, le petit-fils du fondateur du régime. Ce Khomeini junior a déclaré à la télévision d'Etat qu'il avait été voter par piété familiale, respect de son aïeul, mais qu'aucun des siens ni de ses amis proches ne l'avaient accompagné.
En 2024, le peuple iranien ne joue plus du tout le jeu, la farce étant sans surprise, il manifeste un désintérêt complet. Pas seulement parce qu’il ne reste d’alternatives qu’entre divers clans de conservateurs. Le système du pouvoir est désavoué en tant que tel parce que les équilibres ont été rompus. Il n’y a plus de régulation de la dictature, la fiction de l’indépendance judiciaire n’est plus crédible.
Le moment de la crise de légitimité s’est rapproché après la répression des émeutes de novembre 2019. La bascule s’est opérée au cours de la crise de l’automne 2022. La férocité de la réponse policière et militaire a isolé les militants islamistes qui se veulent représentatifs. L’enfermement des dirigeants hors sol et de leurs partisans est aggravé ; on se rapproche d’une représentativité zéro, comme c’est le cas pour la Biélorussie de Loukashenko. Et, tout comme dans ce malheureux petit pays pacifique, il s’avère possible de gouverner contre 70 % à 80 % de la population. Non seulement on peut contraindre la majorité à obtempérer, mais on peut tout bonnement renoncer au projet de réintégrer les générations montantes dans les processus politiques, ainsi que l’envisagea le régime théocratique avec les présidences de Khatami et Rouhani.
De notre temps, les illusions ne sont même plus nécessaires pour tenir la bride, les entretenir devenait complexe, pourquoi ne pas s’en passer complètement ? La fiction du choix ne fait plus recette ? Mettez-vous dans la tête qu’il n’y a aucun choix ! La Russie semble de plus en plus nettement vouloir adopter ce fonctionnement. Divide
