" /> Cartomancie persane - Dombast

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Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Cartomancie persane

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Au lendemain de l’accident d’hélicoptère qui a éliminé l’infâme Raïssi, nous avons estimé que faire des conjectures sur l’identité de son successeur allait relever de l’art divinatoire. Nous avons émis une hypothèse dont la plausibilité ne garantissait nullement la pertinence, tant la visibilité des analystes est nulle quand il s’agit des hautes sphères du pouvoir iranien dont la règle d’opacité n’est jamais prise en défaut. Une fois de plus, il faut saluer l’absence complète de fuites sur les intentions du maître vieillissant dont on ne sait pas vraiment s’il est encore solide et pleinement autonome…

Comme les journaux et les agences de presse détestent s’abstenir de parler et préfèrent broder autour du vaguement perceptible que s’avouer dans le noir, on a aujourd’hui une dépêche reprise par Le Monde et France24 : https://www.lemonde.fr/international/article/2024/06/02/mahmoud-ahmadinejad-ancien-president-iranien-se-porte-candidat-a-l-election-presidentielle_6236907_3210.html

Cette annonce confirme ce que nous savons de notre presse : elle ne parle que de choses connues et qui font référence, pas de ce qui serait trop neuf et inquiétant ; elle insiste donc sur le candidat le moins crédible, dont elle fait un épouvantail. L’antisémite, le triste saltimbanque négationniste. Sait-on seulement si cet homme a la moindre chance ? Se pose-t-on la question ? Prendra-t-on le temps d’expliquer qu’en Iran plus qu’ailleurs il y a loin de la coupe aux lèvres ? Ahmadinejad a été récusé deux fois par le guide et il est peu probable que l’autocrate investi de l’onction divine change cette fois-ci d’avis. De même, bien qu’Ali Laridjani, affublé aujourd’hui de l’étiquette peu méritée de “modéré“, ait longtemps été dans la roue du Guide, il a été récusé et devrait l’être à nouveau ; d’autant plus qu’il a toutes ses chances dans la mesure où les Iraniens seraient décidés à ne plus boycotter les scrutins. C’est que Laridjani, bien que très ferme dans ses orientations de politique étrangère, a laissé entendre l’année passée que l’imposition du hidjab était en réalité une erreur et qu’il pourrait proposer aux législateurs d’y renoncer !

Se dire libéral est le vrai secret de la popularité. Aussi faudrait-il un peu plus expliquer comment la jeunesse s’est à 80 % au moins éloignée d’un régime dont la conception de l’islam inquiète les aspirants à l’insertion dans le monde global. Ici, nous rendrons donc justice aux journalistes qui ont choisi d’évoquer l’incarcération de 35 jeunes réputés « satanistes » dans une province arabophone du sud-ouest. Loin d’être affiliés à une secte, il s’agit juste de fans de hard-rock & heavy metal. Il eut été juste de révéler que le jour même de la chute fatidique de l’hélicoptère, ce sont 260 jeunes qui avaient été en garde à vue pour avoir participé à une rave clandestine en plein désert, au sud-est de Téhéran. 35 arrestations ? C’est la routine désormais.

Voici bien le vrai sujet en Iran en ce moment : comment vivre malgré ce régime et en marge de ce qu’il impose ? Mais puisqu’il faut offrir au lecteur une source d’anxiété, on préfèrera tenter de faire la lumière sur les arcanes du pouvoir. Gageure.

Pour autant que le sujet vaille qu’on s’y intéresse, tenez : un drôle d’inconnu du grand public vient de faire acte de candidature, se prétendant mû par une conviction intime et sans soutiens dans les appareils. Un dénommé Vahid Haghanian qui n’a certes rien d’un “homme nouveau“ indépendant puisqu’il est du nombre des individus les plus sanctionnés par le Trésor US : https://home.treasury.gov/news/press-releases/sm824 On parle d’un individu qui est en fait un serviteur zélé du Guide depuis longtemps. Un nuisible très redoutable que l’on croyait destiné à rester dans l’ombre… qualifié de laquais par les exilés : https://iranwire.com/en/features/69798/ Un homme dont quelques-uns ont cru savoir qu’il avait été éliminé, convaincu d’avoir travaillé pour le Mossad. Rien de tel, il est en pleine forme ! Certains pensent que cette carte était prête à être abattue depuis quelques mois et que Raïssi a été assassiné afin que nul ne soit en mesure de s’y opposer.

Que faut-il penser de cette annonce ? D’abord qu’il s’agit d’un coup de maître de Mojtaba, le fils du Guide, qui place ici l’un de ses séides tout en évitant soigneusement de présenter le flanc aux contempteurs des dynastes (ceux qui, dans l’appareil religieux, se choquent à l’idée que le père puisse faire de son fils son premier-ministre, son apprenti et dauphin). Ensuite, ce bon coup de la Maison du Guide va contraindre le conservateur le mieux placé, Ghalibaf, à s’incliner devant la décision du théocrate. Il s’agira aussi de tenir des discours semblables à ceux que tint naguère Ahmadinejad, afin de prouver que sa candidature n’apporterait rien.

Histoire de rendre les choses un peu moins compréhensibles encore, le camp des modernistes dits modérés produit des données étranges par le biais de publications universitaires dont la presse fait des gorges chaudes. Le Centre d’étude du Développement de l'université Imam Sadeq a publié les données d’un sondage des 28 et 29 mai sur le soutien aux candidats aux élections présidentielles, avant même la fin du processus d'enregistrement de ces candidats.

Selon ce sondage, les trois candidats les plus populaires sont Mahmoud Ahmadinejad (23,7 %), Saïd Jalili, membre de l'Assemblée de médiation (20,7 %), et Djavad Zarif, ancien ministre des affaires étrangères (17,7 %). Le président du Majles Mohammad Ghalibaf est loin derrière (4,8 %),, presque ex-aequo avec un jeune moderniste anciennement réformateur mais rallié u Guide : l'ancien ministre de l'information Mohammad-Jawad Azari Jahromi (4,1 %). On ne pourra tirer au clair le situation qu’à partir du 11 juin au soir, quand au moins 70, voir 75 des 81 pré-candidats auront été récusés...

Comment s’explique la popularité d’Ahmadinejad : 1/ il n’est pas enturbané, 2/ il parle de la grande pauvreté sur le ton d’un homme de gauche. C’est à peine si le conflit de Gaza lui arrache quelques mots de courroux. Il n’est pas arabe que diable ! Il aime le peuple, lui… Comment peut-il caracoler en tête avec un bilan aussi médiocre ? Sans doute parce qu’on estime officiellement qu’au maximum 48 % des électeurs vont se déplacer. Si les technocrates réformateurs comme Zarif ou Hemmati ne sont pas autorisés on risque le duel Laridjani/ conservateur ?

Non, ce risque nous semble improbable : le Guide et son fils ne devraient laisser aucun des trop habiles se présenter. Divide